Le larsen – ou feedback acoustique – est la bête noire du technicien son en concert. Ce sifflement strident surgit quand un microphone capte le son émis par les enceintes qu’il alimente, créant une boucle de rétroaction sonore incontrôlée. Loin d’être une fatalité, le feedback se prévient et s’élimine avec méthode et les bons outils.
Pourquoi le larsen se produit-il ?
Le feedback survient quand le gain total de la boucle micro → amplification → haut-parleur → micro dépasse 0 dB. Le signal se réamplifie indéfiniment, jusqu’à saturation du système. Il existe toujours une fréquence particulière pour laquelle ce phénomène se déclenche en premier, souvent une fréquence de résonance de la salle ou du microphone.
La prévention : placement et directivité
La première ligne de défense contre le larsen est le placement stratégique des microphones et des enceintes. Un micro cardioïde, pointé en direction opposée aux wedges, bénéficie de son pattern de directivité pour atténuer naturellement le signal venant des retours. Placer les enceintes de façade en dehors de la zone de captation des micros de scène contribue également à augmenter le Gain Avant Retour (MGBR — Maximum Gain Before Feedback).
Le ring out : préparer le terrain avant le concert
Le ring out est la procédure de référence pour maximiser le gain utilisable avant larsen. Elle consiste à monter progressivement le gain d’un canal jusqu’à l’apparition d’un premier larsen, puis à atténuer la fréquence coupable sur l’EQ graphique de quelques dB. L’opération est répétée méthodiquement jusqu’à atteindre le niveau de gain souhaité avec suffisamment de marge de sécurité.
Les suppresseurs de feedback numériques
Des appareils dédiés comme le dbx DriveRack ou les suppresseurs de feedback numériques (Behringer FBQ, Sabine FBX) détectent automatiquement les fréquences de larsen naissant et appliquent des filtres notch ultra-précis en temps réel. Ils constituent un filet de sécurité utile mais ne remplacent pas un bon ring out et un placement soigné du système. En mode automatique, ils peuvent parfois agir sur des fréquences musicales utiles, altérant la couleur du son.
FAQ - QUESTIONS FRÉQUENTES
Quelle est la différence entre un filtre notch et une bande d'EQ classique ?
Un filtre notch (ou filtre coupe-bande) a un Q très élevé : il atténue une fréquence extrêmement précise (parfois moins d’un demi-ton) avec un impact minimal sur les fréquences adjacentes. Un EQ classique agit sur une bande plus large.
Peut-on vraiment éviter tout larsen en concert ?
En théorie oui, avec un système bien calé et des conditions idéales. En pratique, le gain nécessaire pour certains artistes (chant lyrique, voix très douce) peut être difficile à atteindre sans risque. C’est pourquoi la gestion du larsen est une compétence permanente, pas un problème qu’on résout une fois pour toutes.
Le larsen peut-il endommager le matériel ?
Un larsen sévère et prolongé peut endommager les tweeters et les drivers de compression à cause de la surchauffe. Les limiteurs matériels et logiciels des amplificateurs et processeurs protègent en partie contre ce risque.
Comment les étudiants d'Acoustik apprennent-ils à gérer le larsen ?
La gestion du feedback fait partie intégrante des cours de sonorisation live. Les étudiants pratiquent le ring out sur la console de la salle de concert pédagogique d’Acoustik, en conditions réelles, avant chaque événement organisé par l’école.